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Maîtrise de la langue, prévention de l'illettrisme


"La maîtrise de la lecture et de l’écriture est un facteur essentiel d’insertion sociale et professionnelle. C’est pourquoi la prévention de l’illettrisme est la priorité de l’école".

William MAROIS
Recteur de l’académie de Bordeaux
Chancelier des universités d’Aquitaine
Dialogues n°10, décembre 2004


Chronologie d’une Priorité partagée
L’action dans l’académie de Bordeaux
Quelques temps forts dans la formation de formateurs


Repérage des difficultés et remédiation en lecture et écriture
Mathématiques et maîtrise de la langue
SVT et maîtrise de la langue

  Chronologie d’une Priorité partagée > 1980 | 1998 | 2002 | 2004


> 1980

Depuis les années 1980, l’éducation nationale multiplie les initiatives pour éviter que ne sortent du système scolaire des jeunes en difficulté avec l’écrit. Un large éventail de dispositifs contribue à prévenir l’illettrisme.

Prévenir « l’illettrisme » à l’école, l’affaire de tous

Issue du champ social dans les années 1980 et portée d’abord par les organismes caritatifs, la notion d’illettrisme n’apparaît dans les orientations officielles de l’Éducation nationale qu’en 2001. Est-ce à dire que l’école ne s’était guère préoccupée précédemment de ce problème ? Certainement pas, puisque les actions sur la maîtrise de la langue irriguent l’enseignement depuis fort longtemps. Faut-il d’ailleurs rappeler que les chiffres sur l’illettrisme des jeunes n’ont jamais été aussi bas d’après les statistiques concordantes de l’armée et de l’INSEE (entre 5 et 6 %) ?
Mais si le problème est à nouveau posé avec acuité, c’est que la donne sociale s’est considérablement modifiée. Le rôle de l’écrit s’est accru dans une société qui fait de sa maîtrise une condition indispensable à l’insertion et à la promotion professionnelle et sociale, refoulant les plus démunis scolairement vers des situations de précarité avérées.
[…]
Les différents dispositifs mis en place dans notre académie convergent tous vers ces objectifs : avoir une vision plus précise des élèves en difficultés, aider les enseignants de tous niveaux et de toutes disciplines à mieux appréhender les processus et les activités susceptibles d’améliorer les compétences de lecture des élèves.

Maryse LABROILLE
IEN-EG Lettres chargée de mission académique
« prévention de l’illettrisme »

Dialogues n°10, décembre 2004

> 29 juillet 1998

La lutte contre l’illettrisme est érigée en priorité nationale par la loi d’orientation de lutte contre les exclusions.

Une étape importante dans la lutte contre l’illettrisme en France a été franchie avec la loi d’orientation de lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998. En érigeant cette action en priorité nationale, la loi lui donne un nouveau souffle. Elle est désormais « prise en compte par le service public de l’éducation ainsi que par les personnes publiques et privées assurant une mission de formation ou d’action sociale ». Tous les services publics doivent contribuer « de manière coordonnée » à la lutte contre l’illettrisme « dans leurs domaines d’action respectifs » (art. 149 de la loi de 1998). La lutte contre l’illettrisme fait désormais partie de l’éducation permanente. L’État, les collectivités territoriales, les établissements publics, les établissements d’enseignement publics et privés, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales, ainsi que les entreprises y concourent « chacun pour leur part » (art. 24 de la loi de 1998 et L 900-6 du Code du travail).

Marie-Thérèse GEFFROY et Valérie GRASSET-MOREL

L’illettrisme, Mieux comprendre pour mieux agir, p.36
Les essentiels Milan, 2003.

> Juin 2002

Le ministre de la jeunesse, de l'éducation et de la Recherche, Luc Ferry, a lancé un plan de prévention de l’illettrisme. Il s’inscrit dans le cadre du programme visant à réduire la fracture scolaire.

Communiqué de presse - 19 juin 2002

Plan d'action du ministre de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche pour lutter contre l'illettrisme
Lutter contre l'illettrisme est une nécessité. Le niveau ne cesse de se dégrader et les élèves en difficulté en français le sont dans toutes les disciplines. Depuis dix ans, les faits ont été systématiquement minimisés et les véritables causes du mal ont été éludées. Le plan de lutte contre l'illettrisme propose une stratégie d'ensemble qui articule les actions au sein de l'école et les actions péri-scolaires.

Les priorités pour réduire la fracture scolaire - 23 mai 2002 -
Conférence de presse de Luc Ferry ministre de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche - Xavier Darcos ministre délégué à l'enseignement scolaire et à la lutte contre l’illettrisme.

Lutter contre l’illettrisme

C’est d’abord prendre les mesures les plus urgentes pour prévenir l’illettrisme, c’est-à-dire avant tout améliorer l’apprentissage de la lecture à l’école primaire. Les actions conduites depuis dix ans n’ont pas empêché la situation de s’aggraver : au-delà des querelles de chiffres, on s’accorde généralement à estimer que 20 % environ des enfants présentent, à l’entrée en 6ème, des difficultés de lecture et d’écriture.
Ce doit être notre priorité absolue pour deux raisons : d’abord, parce que c’est la première porte d’entrée dans le monde des adultes et que si les enfants sont en difficulté de ce côté, ils le sont partout ailleurs dans notre système scolaire. C’est le premier et principal facteur d’échec. Ensuite, parce que cet échec génère très tôt chez les enfants ce qu’il faut bien appeler du malheur, un sentiment insupportable de ne pas être tout à fait comme les autres, d’être perdu au sein de l’école. Ce n’est donc pas seulement un problème « technique » mais d’abord et avant tout un problème « humain » auquel nous avons le devoir absolu de répondre.

> Juin 2004

Quel avenir pour l’École ?

« La Réflexion de la Commission s’est en conséquence organisée autour de cette ambition d’une École efficace :
Une école qui fasse réussir tous les élèves sans se résigner au fait qu’un collégien sur sept soit en situation d’échec scolaire en raison de graves difficultés qu’il éprouve en lecture, écriture et en calcul : ni au fait que 60000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans qualification.
Une école qui fasse vraiment réussir les élèves, en améliorant autant que nécessaires les pratiques pédagogiques, les modalités de l’accompagnement, de l’encadrement et de l’évaluation, en sachant motiver et encourager le désir d’apprendre. »


Rapport de la Commission du débat national
sur l’avenir de l’École présidée par Claude Thélot, P. 36


source : Marie-Thérèse Geffroy et Valérie Grasset-Morel,
L’illettrisme, Mieux comprendre pour mieux agir,
Les essentiels Milan, 2003.

   L'action dans l'académie de Bordeaux

« Améliorer l’aide que nous apportons aux élèves en grande difficulté au sein même de notre école doit rester une priorité. »

La Formation s’inscrit au cœur de la prévention de l’illettrisme en direction des équipes qui se mobilisent pour aider les élèves en grande difficulté scolaire. Il s’agit bien de prévenir dans de nombreux cas de futures situations d’illettrisme.

Dans l’accompagnement des équipes, plusieurs dispositifs ont été mis en place pour répondre aux besoins exprimés par les établissements :

La prévention de l'illettrisme en lycée professionnel
La formation de formateurs


> La prévention de l'illettrisme en lycée professionnel

Les chiffres donnés par le ministère de la Défense en 2003 pourraient paraître stupéfiants si l’on ne prenait pas en compte d’autres données : sur les 6% des jeunes repérés comme "illettrés" lors de journées d’appel et de préparation à la défense, 73 % suivraient une formation professionnelle en CAP, BEP, voire en BAC Pro. Mais une fois les réajustements opérés, le phénomène d’illettrisme est ramené à de plus justes proportions. Celui-ci reste cependant d’autant plus préoccupant qu’il obère à la fois les possibilités d’étude des jeunes et leur insertion professionnelle. De toute évidence, la fonction compensatrice du geste professionnel a fait long feu et l’on ne peut plus faire l’économie d’une réflexion sur l’importance de la documentation et des écrits professionnels dans l’apprentissage des métiers.

C’est pourquoi, douze lycées professionnels (LP) de l’académie travaillent depuis un an, grâce à une recherche action financée en partie par des fonds européens, à mieux cerner l’ampleur et la nature des difficultés que rencontrent des jeunes, souvent marginalisés par rapport au système scolaire précisément en raison de ces difficultés. Ils tentent aussi de réinstaurer un rapport à l’écrit, moins conflictuel, moins douloureux et plus axé sur leurs usages professionnels, sociaux et culturels. Après un an de fonctionnement des équipes, plusieurs constats s’imposent. " L’illettrisme " au sens strict est très rare dans les LP : 4 à 6 élèves tout au plus par établissement, souvent regroupés dans certains secteurs professionnels et dans certaines sections de CAP dits à " accès prioritaires ". Les évaluations qu’ont passées 1200 élèves de LP donneront plus de précisions sur le repérage des compétences que mobilisent les élèves dans la maîtrise de la langue, en lecture et en calcul. Sans doute faudra-t-il offrir aux plus faibles un traitement individualisé et un accompagnement plus serré en terme d’insertion professionnelle.

A ces élèves, s’ajoutent de plus en plus des jeunes primo-arrivants, ayant peu ou prou suivi des cours de français langue seconde en classe d’accueil, mais dont la maîtrise du français n’est pas suffisante pour trouver des entreprises d’accueil. Des actions sont conduites avec la Mission générale d’insertion (MGI) pour réfléchir sur l’articulation entre le projet personnel et l’apprentissage de la langue. En LP comme ailleurs, beaucoup de pistes sont ouvertes. Aucune n’est exclue, comme le montre la diversité des projets d’établissement. Toutes convergent cependant sur la nécessité d’une prise en charge globale et dans le temps de l’élève, qui ne peut être réduite à un simple soutien instrumental. Toutes ces initiatives nécessitent plus de réflexion, d’accompagnement et d’échanges entre les équipes. Pour faciliter les actions de prévention de l’illettrisme dans la voie professionnelle, des formations spécifiques sont montées.


Maryse Labroille, IEN-EG Lettres, chargée de mission académique « prévention de l’illettrisme »,
Dialogues n°10, décembre 2004

 

> La formation des formateurs

Au travers de son comité de pilotage, sous la responsabilité de Madame LABROILLE (IEN-EG Lettres) et de Madame HERNU (IA –IPR Lettres), la Formation s’est dotée d’un groupe de vingt formateurs inter-catégoriels, en prise avec le terrain et répartis sur toute l’académie. Ils sont à même, sur ces questions, d’animer les stages demandés par les équipes, dans le cadre de l’établissement, de la ZAP ou de l’académie.


Le travail des formateurs sur le terrain :

        Repérer | Identifier | Former | Accompagner | Pérenniser

>Repérer

Le repérage dans l’académie de la grande difficulté scolaire est la première étape d’une prévention réussie. La précision et la mutualisation des outils d’évaluation sont essentielles.

Au plan du repérage individuel, plusieurs outils sont disponibles :
Cahiers d’évaluation pour les élèves de 6ème et logiciel JADE ;
- Cahiers d’évaluation élaborés à destination des élèves de 3ème SEGPA, CAP, PVP : 1200 élèves ont été évalués en 2004
- Informations issues des test des JAPD : la liste des jeunes repérés en situation d’illettrisme est fournie chaque année aux Inspections Académiques par le Ministère de la Défense.

Au plan des établissements :
Depuis la mise en place du dispositif de formation de formateurs, les demandes d’aide ou de formation en stage d’équipes se sont fortement accrues. Ces demandes sont un premier point d’ancrage pour cartographier l’ensemble des besoins dans l’Académie, rencontrer les équipes sur le terrain, évaluer les difficultés pour les identifier clairement.

>Identifier

L’analyse de la grande difficulté est une étape essentielle qui conditionne l’efficacité des réponses possibles pour aider les élèves. A-t-on affaire à une déficience avérée (2 à 3% des cas), à un trouble spécifique comme la dyslexie, la dysphasie... (4 à 6%), à des déterminants sociaux, économiques, culturels, psychologiques ou pédagogiques (10 à 15%) ? Il convient d’agir avec discernement.
« Aucune remédiation, certes, n’est possible si l’on ne parvient pas en amont à dégager des difficultés et des besoins clairs, précis, discriminants. Ainsi, certaines difficultés de compréhension ou d’écriture, pour inquiétantes qu’elles paraissent en début de collège seront, en fait, traitées par le travail quotidien de la classe et l’appui bien utilisé des heures d’aide ; d’autres demanderont sans doute l’intervention ponctuelle d’un professeur formé au Français langue seconde ; d’autres encore supposeront effectivement que l’on mette en place un dispositif spécifique. Cela peut se faire désormais, si nécessaire, avec l’appui des ressources institutionnelles disponibles : formateurs et ressources documentaires. »

Isabelle Hernu, IA-IPR Lettres
Dialogues n°10, décembre 2004

>Former

Chaque demande de formation est examinée et peut déboucher, après le nécessaire travail d’identification des besoins sur le terrain, sur la mise en place d’un stage d’équipe animé par le réseau de formateurs
« prévention de l’illettrisme ». Il peut s’agir alors :
- de proposer des pistes ou des outils d’évaluation pour mieux appréhender la grande difficulté scolaire dans sa diversité ;
- de proposer des outils et des démarches de remédiation ;
- de participer à l’élaboration d’un dispositif spécifique.

>Accompagner

La formation accompagne les équipes tout au long de l’élaboration et de la mise en place d’un dispositif spécifique pour prendre en charge la grande difficulté scolaire. Cet accompagnement dans la durée passe par des temps de formation, certes ponctuels mais répartis dans l’année en fonction des demandes et des besoins.

>Pérenniser

Les temps de formation vont de pair avec l’engagement des équipes dans le temps. C’est tout l’enjeu d’une prévention réussie de l’illettrisme.
Une réflexion qui engage les équipes et interroge dans la durée la prise en charge des élèves les plus en difficulté :

« L’engagement des équipes au-delà des individus ou des petits groupes plus ou moins ponctuels et éphémère doit être systématiquement privilégié, car il n’y a pas non plus de remédiation réussie sans relais dans la classe, c’est-à-dire aussi dans la durée. »

Isabelle Hernu ,ibid.

   Quelques temps forts dans la formation des formateurs


La nouvelle équipe intercatégorielle de formateurs dédiés à la prévention de l’illettrisme regroupe sur l’académie une vingtaine de personnes issues des premier et second degrés, des lycées professionnels et des dispositifs pédagogiques institutionnels. Elle est en formation continue depuis 2004. Sept journées étaient prévues en 2004-2005, cinq sont programmées pour 2005-2006.

Lors du premier trimestre 2004-2005, les trois journées suivantes ont eu lieu :

9 novembre 2004 au LP Tristan Flora de Camblanes (Gironde)

>Une définition de l'illettrisme

“ L’illettrisme caractérise la situation face à l’écrit des personnes qui, bien qu’ayant suivi une scolarité en français au moins cinq années, ne parviennent pas seules et avec le seul recours à l’écrit, à comprendre efficacement un texte écrit portant sur des situations de la vie quotidienne, et/ou ne parviennent pas à transmettre un message efficacement par écrit. ”

Visiter le site de l’Agence Nationale de lutte contre l’illettrisme

10 novembre 2004 au LP Tristan Flora de Camblanes (Gironde)

>Les troubles spécifiques du langage

Intervention de Gr. Casteig et A. Mourou, médecins scolaires.

Le trouble d’apprentissage de la lecture qu’on appelle dyslexie se manifeste de trois manières. La première, dite phonologique parce qu’elle concerne la capacité d’assemblage, est la plus fréquente (63% des cas). La seconde ou dyslexie de surface concerne la capacité d’adressage (10% des cas). La troisième est mixte (27% des cas).

On peut télécharger la brochure « Apprendre avec un trouble du langage » sur le site ÉduSCOL et s’informer sur le site BIEN!LIRE.

>Les élèves allophones

Intervention de Claude Sabrier (CASNAV)

Le CASNAV assure la prise en charge des élèves nouvellement arrivés en France et sans maîtrise suffisante de la langue. On compte environ 800 nouveaux arrivants dans l’Académie en 2003-2004 dont 463 en Gironde.

Visiter le site du CASNAV

>Un point de vue sociologique sur l’illettrisme

Dans la relation à la lecture se retrouve toute l’histoire de l’individu. Seule une relation de confiance avec l’enseignant permet d’aller outre la pression sociale. Il suffit d’un lien affectif ( et non pas affectueux) pour que l’élève en échec se mette à lire.

Lire l’intervention de Nicole Robine lors de la conférence du PIREF

Mercredi 8 décembre 2004 au CDDP de Mont de Marsan (Landes)

>La question de l’orthographe

L’orthographe a une importance symbolique très forte dans l’opinion que l’on porte sur les «illettrés ». Elle cristallise un certain nombre de jugements que l’on porte sur la qualité de la langue de nos élèves, des demandeurs d’emploi, des parents peu lettrés de nos élèves. Plus que la syntaxe, elle joue comme critère courant de qualité de la langue.

En miroir, les jeunes adultes dits illettrés affirment souvent qu’ils ne savent pas écrire, qu’ils ne savent pas orthographier, portant un jugement très sévère sur leur orthographe. Là encore, c’est l’orthographe qui cristallise la mauvaise opinion qu’ils ont de leur compétence d’écriture.

Enfin les analphabètes, investissent leur projet d’apprentissage avant tout dans l’écriture de leur nom, de leurs chèques ou de leurs demandes sociales.

Depuis le 19ème siècle, « ne pas même savoir écrire son nom » est le signe absolu de l’analphabète.

Lire l’intervention de Françoise Rebinguet sur le site Prévention de l’illettrisme dans la voie professionnelle